« C’est du passé Charlotte »

17 fév

Bonjour tout le monde

Aujourd’hui je reviens non pas pour parler mode, maquillage ou soins ; mais pour aborder un sujet qui me touche énormément.

Il y quelques jours, en fin de journée, j’ai été prise d’une grosse crise de larmes.

 Il y a 3 ans j’ai perdu mon Papa de façon assez tragique puisqu’il a lui-même mis fin à ses jours alors qu’il avait seulement 50 ans ; ce qui me met aujourd’hui encore dans des états de tristesse que j’aurais  du mal à vous décrire. Il y a une expression qui dit « avoir le cœur brisé », cette expression ne convient pas à ce que j’ai pu ressentir. En réalité j’ai eu « le corps brisé » : j’avais l’impression que mes entrailles entières souffraient, mon cœur, mes poumons, mon estomac, toute mon anatomie semblait se broyer et vouloir exploser, s’éjecter hors de mon corps, comme si ma tristesse était trop imposante pour laisser place à mes organes vitaux.

J’étais donc dans un de ces jours où la tristesse me submergeait (et le torrent de larmes qui va avec), lorsque mon conjoint rentre, me demande ce qui m’arrive et, suite à mon explication, me dit « C’est du passé Charlotte, il faut avancer maintenant. ».

« Du passé ?!» m’insurgeais-je alors, prise de colère en plus de ma tristesse. « Du passé ?! Mais pas du tout ! C’est du présent ! C’est tous les jours qu’il me manque, tous les jours que je n’entends plus sa voix, tous les jours que je ne croise plus son regard, tous les jours qu’il ne m’épluche plus mes fruits, tous les jours qu’il ne m’appelle plus « Mademoiselle Lotte », tous les jours que je ne dis plus « Papa », tous les jours que je crois reconnaître sa silhouette dans un métro ou dans une rue, c’est tous les jours depuis 3 ans ; c’est du présent depuis 3 ans ! »

Je me souviens comme si c’était hier de l’annonce de cette terrible nouvelle : je me préparais à sortir déjeuner avec un proche et terminais donc de me maquiller lorsque je reçu un appel. Mon frère, Arthur, au bout de la ligne me dit « Charlotte, Papa a sauté par la fenêtre, il faut que tu viennes. ». Mon cerveau ne comprend pas, je demande « Quoi ? Le chien de Maman est encore passé par-dessus le balcon ? » – « Non Charlotte, Papa s’est jeté par la fenêtre, ils l’ont emmené à l’hôpital et nous sommes au commissariat, tu dois venir. » – « Ah d’accord, j’arrive. ». Mon cerveau n’a toujours pas bien assimilé l’information et la fait tourner en boucle dans ma tête pendant que je reprends tranquillement mon mascara pour en mettre, comme à mon habitude, une seconde couche. Après cette seconde application minutieuse, je semble enfin prendre conscience de l’horreur de l’annonce qui vient de m’être faite, les battements de mon cœur s’accélèrent, j’enfile mes ballerines, je mets mon manteau, je sors et ferme ma porte à clé, je descends les escaliers, ça tourne dans ma tête, mon rythme cardiaque s’accélère encore, je marche, je marche plus vite, encore plus vite je cours presque maintenant, je dois atteindre rapidement ma gare RER pour rejoindre Massy Palaiseau. J’appelle le proche que je devais rejoindre, il me dit que nous allons prendre un taxi, que ça sera plus rapide que les changements et les attentes de RER. Assise dans le taxi, ayant enfin stoppé ma course folle, je comprends de plus en plus ce qui est en train de se passer, je m’interroge « Il est à l’hôpital, donc il est encore en vie ? C’est possible d’être encore en vie après avoir sauté du 6ème étage ? Oui, c’est possible, mais dans quel état est-il ? Il doit probablement souffrir atrocement ? Est-il conscient ? ».

Nous arrivons enfin au commissariat où je retrouve ma mère et mon frère Arthur, ils sont auditionnés par la police sur ce qui vient d’arriver. C’est long, très long, rempli de larmes. J’appelle ma sœur Cécilia pour lui expliquer la situation. Quelques temps après, le téléphone d’un des policiers sonne et le verdict tombe : il vient de mourir. Mon père vient de mourir. Ma mère, mon frère Arthur et moi sommes les premiers à apprendre la nouvelle, il nous faut maintenant l’annoncer à ma sœur Cécilia, mon autre frère : Richard, et à la mère de mon père : Nicole. Nous nous répartissons méthodiquement les « tâches » : Arthur ira l’annoncer à Nicole, je rappelle ma sœur, puis ma mère et moi nous rendrons au lycée de mon frère Richard pour le lui dire en face.

Une fois cela effectué, nous nous retrouvons tous à l’hôpital afin de voir mon père. Ou plutôt ce qu’il reste de lui : un corps rigide, sans vie, avec des bandages autours du visage « surement pour maintenir les morceaux en place » me dis-je. Nous avons passé chacun un moment avec lui pour lui dire au revoir et puis nous sommes rentrés chez Maman.

10 jours plus tard a eu lieu la cérémonie de son incinération. Papa n’était pas croyant, pas de cérémonie religieuse donc, juste une prise de parole par ses enfants. Voici ma prise de parole :

« Je voulais dire quelques mots sur l’homme à qui nous sommes venus dire au revoir aujourd’hui.

Je ne peux pas vous dire quel travailleur il était, à part qu’il était passionné par son métier.

Je ne peux pas vous dire quel ami il a été, à part que c’était sûrement un ami fidèle car la plupart de ses amis sont ici aujourd’hui, et que je les connais depuis mon enfance.

Je ne peux pas vous dire quel fils il était, à part qu’il respectait profondément sa maman et qu’il m’avait confié avoir de jolis souvenirs d’elle et lui vivant dans un tout petit appartement.

Je ne peux pas vous dire quel grand-père il a été, à part que ma fille trouvait son Papy très drôle et très gentil.

Je ne peux pas vous dire quel mari il était, à part qu’il aimait Maman d’un amour si grand que toute femme voudrait être aimée ainsi, et qu’il disait que là où était Maman, alors c’était là qu’était sa maison à lui.

Ce que je peux vous dire, c’est quel père merveilleux il a été.

Papa et moi nous sommes aimés pudiquement, sans grandes paroles, sans grandes étreintes, avec parfois des petits mots tendres : c’était mon Papounet et j’étais sa Mademoiselle Lotte.

Je ne suis pas née « fille de Jean-Christophe Sohier », je le suis devenue. Nous nous sommes apprivoisés à coups de colère, à coups de sa présence dans ma vie pendant 23 ans, à coups de « gratte-gratte » avec sa main sur ma tête le matin en guise de « bonjour », à coups de désaccords, à coups de blagues et de jeux de mots, à coups de concerts des Enfoirés à fond dans la maison avec Papa à la batterie, à coups de Goldman et de Balavoine, à coups d’e-mails, à coups de desserts qu’il préparait pour satisfaire ma gourmandise… A coups de ce qui fait toute une vie.

Et aujourd’hui devant tous : devant ceux qui sont déjà partis, ceux qui sont encore là, ceux que je connais, ceux que je ne connais pas ; je le dis sans pudeur, aucune : Cet homme était un grand homme, c’était mon père et … Papa je t’aime. »

Mademoiselle Lotte

Une réponse à “« C’est du passé Charlotte »”

  1. Personne 13 juin 2016 à 18 h 06 min #

    On peut se méprendre
    Sur la vie de tous les jours
    Ce n’est pas important
    Celui qui le dira est un ignorant

    On pourra nous dire
    L’habitude ou le hasard
    Ce n’est pas important
    Celui qui le dira est bien malveillant

    Car l’irréparable
    C’est aimer d’amour
    C’est dire c’est se dire bonjour
    L’irréparable c’est aimer d’amour
    C’est donner une partie de sa vie

    Parler en silence
    De l’avion qui part dans une heure
    Ce n’est pas important

    Et on ne peut y penser qu’en souriant

    Confondre les couleurs
    De l’arc en ciel qui s’en va
    Ce n’est pas important
    Et on ne peut y penser qu’en souriant

    (x2)
    Car l’irréparable
    C’est aimer l’amour
    C’est dire c’est se dire bonjour
    L’irréparable c’est aimer l’amour
    C’est donner une partie de sa vie

    Car l’irréparable
    C’est aimer l’amour
    C’est dire c’est se dire bonjour
    L’irréparable c’est aimer l’amour
    C’est donner une partie de sa vie

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